Le manga Gachiakuta de chez Pika nous permet de suivre la vie de Rudo, dans un univers aussi particulier qu’immense.
D’un côté se trouve le paradis, où vivent ceux qui possèdent plus qu’ils n’ont besoin. De l’autre, la décharge, où terminent aussi bien les déchets matériels que les déchets humains. Cela dit, un déchet pour l’un peut être un trésor pour l’autre. À travers le regard d’un Célestien comme Rudo, le manga propose un univers à la fois brutal et profond qui pousse à s’interroger sur la valeur des objets… ou plutôt sur celle qu’on choisit de leur donner, ainsi qu’à ceux laissés derrière.

• Titre : Gachiakuta
• Éditeur : Pika
• Disponibilité : Crunchyroll
• Nombre de tomes : 16 – en cours
• Catégorie : Action – Drame – Fantasy – Mystère – Nekketsu
• Auteur : Kei URANA
Du paradis à la décharge
L’œuvre démarre au Paradis où l’on découvre Rudo, un jeune Célestien vivant dans un monde séparé entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent rien. Contrairement à beaucoup d’autres habitants, Rudo a une habitude particulière : il récupère des objets destinés à être jetés. Une manière de voir le monde qu’il ne tient pas uniquement de lui-même, mais aussi de celui qui l’a élevé.
Là où beaucoup ne voient que des déchets sans valeur, Rudo cherche à comprendre ce qui peut encore être conservé, réparé ou simplement regardé autrement. Rapidement, Gachiakuta introduit alors une idée centrale : tout objet jugé inutile finit abandonné. Cette logique ne semble pas s’arrêter aux simples possessions.
Puis vient la chute…
Après ça, le décor change complètement. On passe d’un Paradis dominé par des teintes immaculées, jusque dans les bâtiments et les tenues… à une décharge beaucoup plus terne où le gris semble avoir remplacé la couleur. Même le design des personnages paraît suivre cette transition.
Ce contraste visuel accompagne parfaitement le changement de regard imposé à Rudo : ce qui semblait propre et ordonné laisse place à un monde plus brutal, mais paradoxalement bien plus vivant. Là où le Paradis paraissait immense, organisé et presque inaccessible, la décharge dévoile un monde bien différent. Ce qui était considéré comme inutile retrouve parfois une toute autre valeur.
L’oeuvre ne montre alors plus seulement ce que l’on jette, mais ce qu’il advient de ce que l’on refuse de regarder.
Donner une âme aux objets
L’une des idées les plus intéressantes introduites par Gachiakuta est la manière dont les objets sont traités.
Là où beaucoup d’œuvres utilisent simplement les objets comme des outils ou du décor, celle-ci leur donne une importance bien différente. Ils deviennent des trésors dont on prend soin.

Cette idée me rappelle certains concepts présents dans le folklore japonais, notamment celui des Tsukumogami.
Ici, on s’en rapproche dans la manière de présenter les objets : ils ne sont pas seulement des possessions, mais deviennent le reflet de ceux qui les utilisent.
Dans un monde où tout semble pouvoir être jeté, cette idée prend une place particulière : un objet abandonné n’est peut-être pas vide de valeur. Il attend peut-être simplement quelqu’un capable de lui en redonner une.


Ceux qui nous définissent
Si Gachiakuta accorde autant d’importance aux objets, il n’en oublie pas pour autant les personnes.
Un objet entretenu peut gagner en valeur. Les relations entre les personnages évoluent également grâce au temps passé ensemble et à la manière dont chacun regarde l’autre.
Rudo est probablement celui qui représente le mieux cette idée. Habitué à voir de la valeur là où les autres ne voient qu’un déchet, il finit également par appliquer cette vision aux personnes qu’il rencontre.
Les relations ne semblent alors plus exister uniquement pour accompagner l’action ou faire avancer le scénario. Elles deviennent une manière pour l’œuvre de poser une autre question : « Si un objet rejeté peut retrouver une utilité, qu’en est-il des personnes abandonnées ? »
Finalement, on ne parle peut-être pas seulement de ce que l’on jette, mais aussi de ce qui finit par nous définir.
Des planches marquantes
On découvre rapidement une société où tout semble avoir une place précise. D’un côté, le paradis, propre et ordonné, où vivent ceux qui possèdent le plus. De l’autre, la décharge, où se retrouvent ceux qui vivent avec moins… et où finit aussi ce dont on ne veut plus.
Certains voient simplement des déchets, lui a pris l’habitude de récupérer ce qui est encore utilisable. Il passe du temps à fouiller, réparer et garder certains objets que d’autres considèrent comme sans intérêt, légèrement abîmés ou obsolètes.
Ce comportement peut sembler étrange dans un monde où tout est constamment remplacé, mais il raconte déjà quelque chose sur Rudo. Pour lui, la valeur d’un objet ne disparaît pas simplement parce que quelqu’un a décidé de s’en débarrasser.

Cette idée devient intéressante quand on regarde le reste de l’univers. Dans un monde qui trie les quartiers, sépare les populations et jette ce qui n’a plus d’utilité, difficile de ne pas se demander si cette logique s’arrête réellement aux objets.
On apprend rapidement que la violence et le meurtre sont strictement interdits parmi les Célestiens. La peine encourue n’est ni la prison ni l’exécution : les coupables sont jetés dans l’Abîme, le nom donné par les habitants à la décharge sous leurs pieds.

Sur cette planche, on découvre Regto, le père adoptif de Rudo, mort après avoir été transpercé par une arme. Un acte normalement impensable venait d’être commis.
Au lieu de chercher le responsable, c’est le fils qui est accusé.
Cette scène agit comme un véritable point de rupture pour le personnage. Jusqu’ici, Rudo était présenté comme quelqu’un qui récupère ce que les autres abandonnent : il refuse de considérer qu’une chose perde sa valeur en la jetant.
Plus qu’une simple tragédie, cette scène marque surtout la fin d’un monde. Celui d’un garçon qui croyait encore que certaines limites ne pouvaient pas être franchies.
En quelques instants, il passe pourtant du statut d’habitant du paradis à celui de déchet aux yeux de sa propre société.
S’il y a bien une image qui résume mes premières impressions sur Gachiakuta, ce serait probablement celle-ci.
La chute de Rudo marque le moment où l’œuvre change complètement de ton. Jusqu’ici, le paradis était présenté comme un monde presque trop propre, organisé jusque dans sa manière de rejeter ce qui le dérange.
Puis vient cette scène….
En quelques pages, on passe d’un univers dominé par le blanc, les bâtiments, les vêtements, l’ordre apparent, à quelque chose de beaucoup plus lourd et oppressant.
J’aime particulièrement cette planche parce qu’elle donne presque l’impression que Rudo ne tombe pas simplement dans un lieu, mais quitte un monde entier.
Le contraste est énorme : au-dessus, une société qui prétend être propre parce qu’elle éloigne ses déchets. En dessous, un endroit qui récupère tout ce qu’elle refuse de regarder.
Et finalement, c’est peut-être là que l’oeuvre m’a vraiment accroché.

Au lieu de présenter la décharge comme un enfer immédiat, le manga commence d’abord par montrer quelque chose de plus dérangeant. Si cet endroit existe, c’est parce qu’on a choisi de le créer.
À ce moment-là, Rudo cesse d’être un habitant du paradis. Il devient exactement ce qu’il refusait jusque-là de considérer : quelque chose qu’on a décidé de jeter.
Une adaptation en anime pour découvrir Gachiakuta autrement
Ce titre a également eu droit à son adaptation animée réalisée en été 2025 par le studio Bones.
Je ne l’ai pas entièrement regardée au moment d’écrire cet article, je préfère donc éviter de juger sa qualité globale ou sa fidélité au manga.
Cela dit, à travers des extraits et passages que j’ai pu voir, l’animation semble très solide. Le passage à la couleur met davantage en avant certains contrastes déjà très présents dans le manga. La monochromie séparait les mondes grâce aux textures et aux ombres, là où l’anime peut jouer davantage sur l’ambiance.
Je trouve intéressant de voir une œuvre avec une identité visuelle aussi marquée, se voir adaptée dans un autre format.
Mon petit avis

J’ai fortement apprécié l’œuvre. Elle aborde des thèmes que je vois assez peu mis en avant ailleurs, notamment sur la valeur des choses et des relations humaines. Une société peut décider qu’un objet ne vaut plus rien, comme elle peut décider qu’une personne ne mérite plus sa place.
Ce que j’ai trouvé intéressant, ce n’est pas uniquement le traitement des objets. Plus l’histoire avance, plus on comprend que cette réflexion dépasse largement le simple fait de jeter quelque chose.
J’ai aussi beaucoup aimé le parti pris de ne pas uniquement impressionner avec des combats ou de la violence. Même si ces éléments sont présents, j’ai surtout retenu la manière dont le monde est construit. Les relations entre les personnages et également certains passages arrivent à raconter beaucoup, avec très peu de dialogues voire aucun pour certaines planches.
Ce n’est sûrement pas une œuvre qui plaira à tous.
J’attends surtout de voir jusqu’où l’histoire ira avec cette idée : est-ce qu’une chose perd vraiment sa valeur au moment où quelqu’un décide de l’abandonner ?
Vous aimerez peut-être une histoire plus légère avec You and I are polar opposites.
